GRAND CONSEIL de la République et canton de Genève M 3070 Signataires : Stéphane Florey, Christo Ivanov, Guy Mettan, Lionel Dugerdil, Florian Dugerdil, Virna Conti, Michael Andersen, Marc Falquet, Patrick Lussi, Daniel Noël, Yves Nidegger, André Pfeffer Date de dépôt : 18 novembre 2024 Proposition de motion pour un sevrage sans dealers sur le site de Belle-Idée Le GRAND CONSEIL de la République et canton de Genève considérant : – que l’addiction est l’émergence d’un phénomène issu de multiples facteurs, à la fois médicaux, psychologiques et sociaux ; – que l’addiction implique la perte de maîtrise de l’usage d’un produit ou d’un comportement ; – les dispositifs de soins hospitaliers proposés aux personnes avec une problématique addictive ; – que l’offre de soins en addictologie comporte plusieurs dispositifs, dont l’unité de transition hospitalière en addictologie (UTHA) ; – que le dispositif hospitalier de l’UTHA comporte 20 lits ; – que la présence de trafiquants aux environs du site est dénoncée par les patients, leurs proches et les professionnels ; – que les zones boisées aux alentours du site de Belle-Idée sont devenues un supermarché de la drogue à ciel ouvert ; – que la présence quotidienne de trafiquants est facile à constater devant le bâtiment Abraham Joly, sis en face à 20 mètres du bâtiment principal de l’hôpital et à 100 mètres de l’unité d’addictologie (trafic de stupéfiants et d’alcool aux patients) ; – que la facilité d’acquérir des drogues complique à l’excès le traitement des addictions ; ATAR ROTO PRESSE – 80 ex. – 12.24 M 3070 2/4 – que la durée des soins s’en trouve rallongée et les investissements consentis vidés de leur substance ; – que des personnes admises pour certaines dépendances en acquièrent de nouvelles au vu de la facilité de se procurer toutes sortes de substances, invite le Conseil d’Etat à renforcer la lutte contre le trafic de drogues et d’alcool sur et aux alentours du site de Belle-Idée. 3/4 M 3070 EXPOSÉ DES MOTIFS L’addiction est l’émergence d’un phénomène issu de multiples facteurs, à la fois médicaux, psychologiques et sociaux. Elle se manifeste par un besoin compulsif et incontrôlable de consommer une substance (comme l’alcool, les drogues ou le tabac) ou de s’engager dans un comportement (comme le jeu, l’utilisation d’internet ou le shopping), malgré les conséquences négatives sur la santé, les relations et les responsabilités quotidiennes. L’addiction ne permet plus à la personne d’être autonome face à son projet de vie et à ses relations sociales. Elle demande une réponse de la collectivité dans plusieurs domaines complémentaires, à savoir le social, la santé, la sécurité, l’éducation et l’environnement 1. L’unité de transition hospitalière en addictologie (UTHA) propose un dispositif de soins aux personnes diagnostiquées avec une problématique addictive, « un suivi volontaire, individualisé et flexible, orienté sur l’autonomie et la responsabilité partagée ». Les valeurs qui sous-tendent les soins proposés sont les suivantes : implication du patient, transparence des soins, intégration du milieu (proches, réseau, ressources relationnelles) et flexibilité 2. Le service d’addictologie, rattaché au département de psychiatrie, est situé au chemin du Petit-Bel-Air 2, sur le site de Belle-Idée. L’une des modalités d’intervention comprend l’hospitalisation avec une unité de 20 lits et « tout le dispositif hospitalier nécessaire à un suivi intensif ». Si la qualité des prestations hospitalières et les efforts des équipes médicales sont à saluer, des points négatifs, et non des moindres, sont à relever. Les alentours du site de Belle-Idée présentent en effet la particularité d’être passablement boisés, ce qui à première vue constitue un atout pour des personnes hospitalisées aspirant au calme. Ces bosquets offrent toutefois aux trafiquants de larges espaces leur permettant de se livrer à leurs activités illicites et de proposer toutes sortes de stupéfiants aux patients de l’UTHA. Le personnel, sous couvert d’anonymat, dénonce une situation malsaine propre à entraver le chemin vers la réhabilitation des personnes avec une problématique addictive. Des patients hospitalisés depuis 3 ou 4 ans n’ont pas vu leur situation évoluer favorablement à cause de la facilité à se procurer des produits stupéfiants dans les bois environnants, devenus un véritable 1 2 https://grea.ch/dossier/addiction/ UTHA – Unité de transition hospitalière en addictologie, Genève – HUG : https://www.hug.ch/addictologie/unites-dhospitalisation M 3070 4/4 supermarché de la drogue à ciel ouvert. Des personnes en phase de sevrage se voient pratiquement proposer sous les fenêtres de l’établissement toutes les substances possibles et imaginables. Certaines personnes traitées pour une dépendance à l’alcool finissent par développer une addiction au crack notamment, venant se superposer à leur première addiction. Des femmes traitées pour addiction en viennent à se prostituer sur le site même de Belle-Idée pour pouvoir acquérir les drogues proposées par les nombreux trafiquants du secteur. Les moyens humains et financiers engagés par l’Etat sont réduits à néant ou gaspillés par la présence de trafiquants aux environs de l’UTHA. Le personnel, dépité par la situation, déplore son nouveau rôle, à savoir demander aux patients « ce qu’ils ont pris » pour adapter leur traitement. Les informations qui remontent régulièrement depuis le site de Belle-Idée sont inquiétantes et les activités des trafiquants à proximité ne faiblissent pas, le corollaire de leur activité florissante étant le rallongement de la durée des traitements et un mauvais usage des moyens humains et financiers mis à disposition, raison pour laquelle un renforcement de la lutte contre le trafic de drogues et d’alcool sur et aux alentours du site de Belle-Idée s’impose de façon urgente. Au vu de ces explications, nous vous remercions, Mesdames et Messieurs les députés, de réserver un bon accueil à cette proposition de motion.