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Résumé

### Résumé du Document Législatif 1. **Titre et Référence** - **Titre** : Proposition de motion pour préserver la souveraineté numérique du canton de Genève - **Référence** : M 3052-A, Date de dépôt : 12 août 2025 2. **Objectif Principal** - L'objectif principal de la motion est de permettre à l'État de Genève de se doter d'une stratégie cohérente en matière de protection des données, de favoriser les entreprises locales lors du recours à des prestataires externes, et de stocker les données sur le territoire suisse. 3. **Modifications Législatives Proposées et Leur Portée** - La motion invite le Conseil d'État à : - Établir une stratégie de protection et de souveraineté numérique cantonale, en concertation avec les communes. - Utiliser les ressources et entreprises locales ou nationales pour le stockage des données dans des datacenters basés exclusivement en Suisse, sans transfert à des tiers. 4. **Discussions ou Avis Exprimés dans le Document** - La commission législative a estimé que la motion pouvait être rejetée par une majorité incontestée, considérant que le futur rapport du Conseil d'État n'apporterait rien de nouveau par rapport aux informations déjà fournies lors des auditions. - Les auditions ont révélé que la réglementation relative aux marchés publics ne permet pas de favoriser des entreprises locales au détriment d'autres et que la souveraineté numérique doit être abordée à l'échelle fédérale. 5. **Implications Principales de ce Projet** - La motion souligne les lacunes en matière de protection des données dans les administrations publiques et la tendance à l'externalisation à des entreprises étrangères. - Elle met en lumière la nécessité de renforcer la sécurité des données et de s'inspirer des pratiques du secteur bancaire concernant le stockage des données. - Elle appelle à une collaboration entre le canton et la Confédération pour aborder les enjeux de souveraineté numérique de manière globale.

Texte extrait

GRAND CONSEIL

de la République et canton de Genève

M 3052-A

Date de dépôt : 12 août 2025

Rapport

de la commission législative chargée d’étudier la proposition de
motion de Guy Mettan, Christo Ivanov, Lionel Dugerdil, Daniel
Noël, Florian Dugerdil, Julien Ramu, André Pfeffer, Stéphane
Florey, Marc Falquet, Patrick Lussi, Thierry Oppikofer, MuratJulian Alder, Jean-Pierre Pasquier pour préserver la souveraineté
numérique du canton de Genève
Rapport de Diego Esteban (page 3)

ATAR ROTO PRESSE – 80 ex. – 08.25

M 3052-A

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Proposition de motion
(3052-A)

pour préserver la souveraineté numérique du canton de Genève

Le GRAND CONSEIL de la République et canton de Genève
considérant :
– le nouvel article constitutionnel relatif au droit à l’intégrité numérique
(art. 21A) ;
– que l’intégrité numérique inclut notamment le droit d’être protégé contre le
traitement abusif des données liées à sa vie numérique, le droit à la sécurité
dans l’espace numérique, le droit à une vie hors ligne ainsi que le droit à
l’oubli ;
– les risques liés au hacking, à la cybersécurité et à la protection des données
personnelles des citoyens ;
– que, d’après la disposition constitutionnelle, le traitement des données
personnelles dont la responsabilité incombe à l’Etat ne peut s’effectuer à
l’étranger que dans la mesure où un niveau de protection adéquat est
assuré ;
– qu’en pratique les GAFAM imposent aux collectivités publiques de
déposer leurs données dans le cloud en privilégiant des entreprises ayant
des activités sur deux continents (et donc aux Etats-Unis) et non seulement
sur le continent européen ;
– les risques inhérents à transférer et à héberger des données personnelles ou
sensibles dans des pays ne présentant pas un haut niveau de protection ou
pouvant les utiliser à des fins non souhaitées ;
– les possibilités de s’appuyer sur le savoir-faire des entreprises genevoises
et suisses pour préserver notre souveraineté numérique,
invite le Conseil d’Etat
– à établir une stratégie de protection et de souveraineté numérique
cantonale, en concertation avec les communes ;
– à utiliser les ressources et les entreprises locales (par exemple Infomaniak,
Protonmail, ID Quantique) ou nationales (par exemple Threema, Sharekey,
The Cosmic Dolphins) et à stocker les données dans des datacenters basés
exclusivement en Suisse et ne transférant pas les données à des tiers.

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Rapport de Diego Esteban
La commission législative a étudié cette proposition de motion sous la
présidence de M. Vincent Canonica lors des séances des 6 décembre 2024 et
10 janvier 2025. Les procès-verbaux ont été tenus par Mmes Clara Veuthey et
Selma Bentaleb. Mmes Athina Hanna, directrice des affaires juridiques de la
Chancellerie, Coralie Pasche, directrice adjointe (DAJ – CHA), et Tina
Rodriguez, secrétaire scientifique du secrétariat général du Grand Conseil
(SGGC), ont suivi les travaux sur cet objet parlementaire. Ces personnes sont
remerciées pour leurs précieuses contributions aux travaux de la commission.
Synthèse
Les travaux de la commission sur cet objet ont été brefs, limités à l’audition
du premier signataire et à celle du département et de l’office compétents.
Le but de la motion est de permettre à l’Etat de se doter d’une stratégie
cohérente en matière de protection des données, de favoriser les entreprises
locales lorsque l’Etat a recours à des prestataires externes, et de stocker ses
données sur le territoire suisse.
Auditionnés à ce sujet, le Conseil d’Etat et les services de l’administration
compétents ont fourni des informations détaillées sur le cadre légal, la stratégie
de l’administration cantonale et les enjeux de collaboration avec la
Confédération et les autres cantons.
Il ressort de cette audition que la réglementation relative aux marchés
publics ne permet pas de favoriser des entreprises locales au détriment des
autres. Cette motion ne permettrait pas de s’en affranchir. Il semble également
évident que l’Etat de Genève dispose d’une stratégie complète en matière de
souveraineté numérique, mais que cette souveraineté doit être fédérale, pas
seulement cantonale. Genève s’engage ainsi à l’échelle fédérale sur ces
questions.
Au vu de la qualité et de la quantité des informations fournies par le Conseil
d’Etat et par l’administration, une majorité incontestée de la commission a
estimé que la motion pouvait être rejetée. Non pas en raison de l’irrecevabilité
de ses demandes, mais du fait qu’en cas d’adoption de la motion, le futur
rapport du Conseil d’Etat n’apporterait rien de neuf au Grand Conseil par
rapport au contenu de l’audition précitée.

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Séance du 6 décembre 2024 : audition de M. Guy Mettan, premier
signataire
M. Mettan indique à la commission que ses réflexions sont nées d’un
séminaire organisé par la Banque cantonale de Genève et d’auditions du
responsable de la cybersécurité de la police cantonale comme du préposé à la
protection des données du canton du Valais. Il observe des lacunes en matière
de protection des données dans les administrations publiques suisses ainsi
qu’une tendance à l’externalisation de la gestion de ces données à des
entreprises étrangères, alors que des solutions locales existent. Il estime que la
posture de l’Etat de Genève quant à la gestion de ces enjeux n’est pas uniforme
et que le recours à des entreprises locales doit devenir la norme.
Questions des commissaires
Des commissaires (MCG) questionnent l’adéquation des moyens destinés
à la lutte contre les cyberattaques, précisant que ce questionnement ne se limite
pas à Genève et serait partagé par la direction d’Infomaniak. M. Mettan n’est
effectivement pas certain que les solutions locales puissent remplacer
l’ensemble des outils dans l’immédiat, mais que cet objectif pourrait être
atteint à un plus long terme. Il insiste sur le fait que recourir à plusieurs
entreprises permet de renforcer la sécurité en évitant la concentration des
données au sein d’un même groupe restreint de prestataires.
Des commissaires (S) demandent si la motion est une réaction aux attaques
informatiques visant des communes et qui ont récemment été médiatisées.
M. Mettan répond que les services de l’Etat sont également concernés et que
le risque est accru à partir du moment où des données sont stockées à
l’étranger. Il indique que c’est la raison pour laquelle les banques évitent de
stocker leurs données dans un autre pays. Le secteur public devrait s’en
inspirer.
Ces mêmes commissaires (S) demandent ce que cette motion apporterait
de nouveau à la suite de l’adoption de l’article 21A de la constitution genevoise
en 2023 qui couvre globalement les mêmes enjeux. M. Mettan répond que
l’objectif de la motion est de mettre en œuvre cette disposition.
Des commissaires (PLR) demandent une précision concernant la première
invite afin de savoir si la stratégie vise l’Etat ou concerne l’ensemble de la
population située sur le canton. M. Mettan répond que cela vise les collectivités
publiques.

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Ces mêmes commissaires (PLR) évoquent un postulat récemment adopté à
l’unanimité par le Grand Conseil 1, précisant que les travaux à son sujet avaient
identifié des outils proposés à Google et pour lesquels les entreprises locales
ne proposent aucune alternative, et demandent si cette motion permet de tenir
compte de ce fait. M. Mettan confirme que la motion demande de recourir aux
solutions locales lorsqu’elles existent. Il s’agit également de renégocier les
contrats en vue de garantir le stockage des données en Suisse, car il existe un
potentiel d’amélioration sur ce point.
Des commissaires (Ve) évoquent le même postulat et demandent ce que la
motion apporte de plus. M. Mettan considère que la motion est plus large que
le postulat, étant donné que l’enjeu pour l’administration ne se limite pas au
DIP.
Des commissaires (PLR) demandent en quoi la situation actuelle n’est pas
conforme à la constitution. M. Mettan explique que l’article constitutionnel est
récent, la motion vise à donner une impulsion relative à sa mise en œuvre. Il
évoque la « fausse gratuité » des produits développés par les GAFAM, ce qui
permet de contourner les règles relatives aux marchés publics. Une fois qu’un
contrat est en place, les renouvellements se font automatiquement, sans
recherche d’alternatives.
Des commissaires (LC) demandent comment l’administration fédérale gère
ces enjeux. M. Mettan indique qu’en 2018, un objet parlementaire déposé par
M. Fathi Derder demandait que l’administration fédérale se dote d’une
stratégie, mais cette initiative n’a pas abouti.
Des commissaires (UDC) demandent s’il existe des exemples dans le
secteur bancaire d’un établissement qui traite exclusivement ses données en
Suisse. M. Mettan ne peut citer d’exemple précis.
Ces mêmes commissaires (UDC) demandent si la deuxième invite, qui
emploie le terme « exclusivement » alors que les normes européennes offrent
parfois une protection supérieure au droit suisse, peut être amendée dans le
sens de lui préférer l’expression « de préférence ». M. Mettan ne voit pas de
raisons de s’y opposer. Il relève toutefois que les forces de l’ordre ont de la
peine à accéder à certaines données en raison du RGPD, qui répond à certains
problèmes, mais en crée d’autres.

1

https://ge.ch/grandconseil/data/loisvotee/POV00007.pdf

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Discussion interne
La proposition (S) d’auditionner le Conseil d’Etat pour connaître sa
stratégie dans le domaine et renseigner sur la mise en œuvre de la nouvelle
disposition constitutionnelle ne suscite guère d’oppositions.
Il est proposé (MCG) d’auditionner la direction d’Infomaniak. La
commission semble partagée quant à l’opportunité d’auditionner des
opérateurs économiques spécifiques. Des commissaires (UDC) proposent par
conséquent d’auditionner la Chambre de commerce, d’industrie et des services
de Genève.
Des commissaires (LJS) rappellent que la problématique est globale et
concerne la Confédération dans son ensemble. Des commissaires (PLR)
proposent donc d’auditionner d’abord l’administration, puis de décider
d’éventuelles auditions supplémentaires. Cette proposition ne suscite aucune
opposition.
Séance du 10 janvier 2025 : audition de Mme Carole-Anne Kast,
conseillère d’Etat (DIN), de M. Alain Bachmann, directeur général
(OCSIN), de M. Olivier Baujard, chef de la gouvernance (OCSIN), et de
M. Alexander Barclay, délégué au numérique (DIN) ; discussion et vote
Mme Kast revient sur le vote de 2023 relatif au nouveau droit fondamental
à l’intégrité numérique. Elle indique que ce vote donnait pour mandat à l’Etat
de favoriser l’inclusion numérique et de sensibiliser la population aux enjeux
numériques, mais aussi de soutenir et de contribuer à la matérialisation de la
souveraineté numérique de la Suisse. Elle mentionne que Neuchâtel vient
d’adopter une disposition similaire. M. Barclay précise que si la formulation
est quasiment identique, la part du « oui » y était plus faible qu’à Genève.
Mme Kast relève que ces dispositions constitutionnelles s’inspirent des
travaux de la Conférence latine des directeurs du numérique (CLDN) et
d’autres travaux fédéraux. Ces travaux ne sont pas limités à Genève. Elle
constate en outre que la tendance est à une réglementation plus légère, sous
l’influence de la politique états-unienne. Dans le domaine de la sécurité, les
moyens du numérique servent à commettre des infractions, par exemple avec
les « deepfakes » (création de toutes pièces d’une vidéo prêtant des propos ou
des actes à une personne, qui se voit ainsi atteinte dans son image), et qu’une
récente affaire impliquant deux adversaires politiques a débouché sur un
jugement reconnaissant l’atteinte à l’image. Si le volet pénal n’a pas encore été
jugé, il s’agit d’un débat nouveau et complexe.
Concernant la motion, Mme Kast déclare que la stratégie cantonale doit être
concertée avec la Confédération, vu le caractère particulièrement international

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de ces enjeux. Les communes sont preneuses des propositions que le canton
peut leur relayer dans ce contexte, ce qui a été fait récemment concernant
l’usage de l’intelligence artificielle avec la création d’un guide. M. Barclay
précise à ce titre qu’une première convention-cadre sur l’intelligence
artificielle et les droits de l’homme, la démocratie et l’Etat de droit a été
adoptée au niveau européen. Mme Kast ajoute qu’il s’agit de la première
réglementation dans le monde sur l’intelligence artificielle.
S’agissant de la deuxième invite, Mme Kast soulève des enjeux
opérationnels. Elle relève en particulier que les règles sur les marchés publics
n’offrent pas à l’Etat la possibilité de choisir ses prestataires pour ne favoriser
que les entreprises locales et que des appels d’offres sont obligatoires.
M. Baujard évoque l’évolution du cadre législatif. La conformité de la
LIPAD, de la LAEL et des autres lois avec la disposition constitutionnelle a
été vérifiée, la LIPAD ayant été révisée l’an dernier. Des actions concrètes de
gouvernance ont été mises en place : la CLDN a élaboré une nouvelle
définition opérationnelle de la souveraineté numérique, les contrats des
fournisseurs sont désormais systématiquement évalués, le contrôle des
transferts de données à l’étranger a été renforcé et des partenariats stratégiques
(notamment avec la Ville de Genève) ont été développés.
Il évoque ensuite la question complexe du « cloud souverain » qui fait
appel à plusieurs défis. En particulier : la dépendance croissante aux
infrastructures numériques, la continuité des services publics, l’autonomie
technologique et décisionnelle, la protection des données et le maintien de la
confiance publique. La CLDN a lancé plusieurs études pluridisciplinaires.
L’une d’elles a été confiée à la société AWK pour analyser les opportunités de
« cloud souverain » et les moyens disponibles pour le concrétiser. D’autres
études ont été confiées à l’Université de Genève pour analyser des aspects plus
juridiques et socio-économiques, par exemple la définition du concept de
souveraineté numérique et ses effets. Enfin, une autre étude a été menée par
Ethix dans le but d’analyser les enjeux éthiques et de formuler des
recommandations en vue d’adopter une approche responsable.
Ces études ont permis d’adopter une définition de la souveraineté
numérique : « Capacité des autorités à maintenir leur autonomie stratégique
dans l’utilisation et le contrôle des biens numériques impactant l’économie, la
société et la démocratie. » Elles ont également permis d’identifier des axes
prioritaires et de formuler des recommandations pour la concrétisation du
« cloud souverain ».
M. Baujard précise que d’autres acteurs travaillent sur ce sujet, comme la
Confédération qui développe le « Swiss Government Cloud » (SGC) à travers

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un programme national qui couvre 2025 à 2032 avec un budget d’environ
320 millions de francs. Les principaux aspects sont les suivants : le stockage
des données est obligatoirement situé en Suisse, dans des infrastructures de la
Confédération sous-traitées à des partenaires externes (qui peuvent être
étrangers), aux côtés d’un « cloud privé » strictement maîtrisé par les équipes
de la Confédération. Cette approche comporte des avantages, notamment
l’équilibre entre protection des données et innovation, la mutualisation des
ressources de la Confédération et des cantons, la consultation des cantons, et
l’exclusion du secteur privé.
Concernant l’approche cantonale, M. Baujard déclare que la stratégie de
l’OCSIN est le développement d’un « cloud hybride », similaire au projet de
la Confédération. Les services critiques du canton disposent déjà d’un « cloud
privé » entièrement contrôlé par l’Etat. Le « cloud public » est utilisé de
manière ciblée. L’Etat se prépare à une possible intégration au sein du SGC,
en coopération avec les établissements publics autonomes. L’idée est à la fois
de développer les services de cloud publics pour des raisons d’innovation et de
maintenir les infrastructures privées pour les données les plus sensibles. Des
alternatives open source sont également à l’étude, sachant que les services
achetés sont eux-mêmes quasiment toujours basés sur des systèmes open
source. Ces solutions sont évaluées selon différents critères : origine des
contributions, qualité et sécurité des solutions, compatibilité avec les exigences
de souveraineté. Le projet « Second Source » de l’administration numérique
suisse (ANS) vise à étudier les alternatives, avec par exemple le scénario dans
lequel les services de Microsoft deviendraient inaccessibles, alors que le
canton les utilise. Il précise enfin que le canton publie le code développé en
interne. Mme Kast précise que l’ANS est une organisation financée par la
Confédération et les cantons, ce qui permet à ceux-ci d’orienter le
développement de ses projets.
M. Barclay indique que des informations sont disponibles à ce sujet sur le
site www.administration-numerique-suisse.ch. L’ANS date de 2022 et est
encadrée par une convention-cadre qui lie la Confédération aux cantons. Le
projet e-ID est une des réalisations issues de cette structure. Le 20 décembre
dernier, le Parlement fédéral a voté la « loi correspondance ». Deux partis
politiques ont déjà annoncé lancer un référendum. Si ce système entre en
vigueur en 2026, il s’agirait d’une étape fondamentale pour la souveraineté
numérique de la Suisse.
M. Baujard évoque le cadre juridique de la protection des données qui
contient en particulier la LPD fédérale et, sur le plan genevois, la LIPAD et le
RIPAD. L’accord Swiss-US Data Privacy de 2024 a remis les USA dans la
liste des pays dont le droit est éligible au traitement des données personnelles.

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La compatibilité avec d’autres lois états-uniennes comme la FISA n’est pas
encore réglée par exemple, et un cabinet juridique spécialisé a été mandaté
sous la supervision du préposé cantonal à la protection des données et à la
transparence (PPDT). Les avis de droit sont à bout touchant.
Il rappelle l’application des règles relatives aux marchés publics qui sont
fixées à tous les niveaux (accords internationaux, droit fédéral, AIMP). Les
principes fondamentaux sont la non-discrimination, la concurrence efficace, la
transparence et l’utilisation optimale des ressources. Les critères d’évaluation
sont le prix (20-40%), l’adéquation technique (50-60%), les références (10%)
et l’expérience (5-10%).
Questions des commissaires
Des commissaires (PLR) demandent quel serait l’apport de la motion.
Mme Kast répond que celle-ci ne changerait rien dans la mesure où les invites
qu’elle formule ne répondent pas aux critères prévus par la LRGC et
demandent à l’Etat d’effectuer le travail qu’il fait déjà dans le cadre de la loi.
Ces mêmes commissaires (PLR) comprennent que la stratégie consiste à
écarter l’intervention du privé et demandent si les réflexions prennent en
compte le risque d’avoir un temps de retard sur les évolutions technologiques
ou s’il existe au sein du personnel de l’Etat des personnes qui travaillent
également pour le privé. Mme Kast répond que la souveraineté numérique porte
en particulier sur la maîtrise par l’Etat de l’infrastructure et que, par définition,
il n’est pas possible de la déléguer au privé. Si l’Etat gère l’infrastructure, cela
n’exclut pas de s’inspirer des développements réalisés par le secteur privé.
M. Bachmann ajoute que l’administration lutte constamment contre
l’obsolescence et met régulièrement à jour ses logiciels et ses connaissances
grâce à des équipes performantes en interne. L’objectif est de récupérer les
développements utiles venant de l’extérieur et de les tester avant de les mettre
en service au sein de l’Etat.
Ces mêmes commissaires (PLR) demandent ce qu’il en est du secteur privé
suisse. Mme Kast répond que la réponse est la même. Elle rappelle l’enjeu
opérationnel lié aux marchés publics : si l’Etat lance un appel d’offres, il ne
peut pas décider aujourd’hui de ne prendre en considération que celles issues
d’entreprises suisses. Donc garantir une infrastructure souveraine nationale est
incompatible avec la privatisation.
Ces mêmes commissaires (PLR) évoquent l’accord avec les USA et
demandent si celui-ci a impliqué que la Suisse ait dû réduire ses attentes.
M. Baujard précise qu’il s’agit d’un accord européen que la Suisse a repris et
qu’il a permis à la Suisse d’élever ses propres standards. Cumulé à des

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modifications législatives aux États-Unis, cela a permis de rendre les USA
compatibles avec le droit européen et suisse. M. Barclay indique qu’il n’est pas
exclu que cet accord soit remis en cause devant les tribunaux. Mme Kast évoque
aussi la possibilité que le gouvernement états-unien change d’avis. S’agissant
du référendum sur l’e-ID, elle constate que l’enjeu est l’ouverture ou non de la
prestation aux entreprises privées. M. Barclay rappelle également que selon la
loi sur l’e-ID, cet outil est facultatif.
Des commissaires (S) comprennent la motion comme demandant une
stratégie, et demandent si celle-ci est publiée ou si le rapport en réponse à cette
motion permettrait de la rendre publique dans un même document. Mme Kast
réfute cette interprétation, considérant que la motion demande à l’Etat
d’effectuer son travail, ce qui reviendrait à rendre un rapport sur le travail
quotidien de l’administration. Le texte de la motion devrait être modifié si
l’objectif est d’obtenir un rapport. Les commissaires évoquent la variante du
postulat. Mme Kast déclare son accord avec cette voie. Les commissaires ont
l’impression que la présentation qui accompagne l’audition pourrait réaliser
les invites de la motion.
Des commissaires (LC) demandent quels sont les services critiques et les
données sensibles. Mme Kast indique qu’il s’agit des infrastructures désignées
comme critiques par la Confédération dans tous les cantons, car nécessaires au
bon fonctionnement de la société. Ce sont celles qui doivent être
particulièrement protégées en cas de catastrophe ou de pénurie énergétique par
exemple. A Genève, il s’agit de l’aéroport et des HUG ainsi que des entreprises
privées. M. Barclay précise que la liste des infrastructures critiques n’est pas
rendue publique. Mme Kast évoque les entreprises privées cruciales pour
approvisionner les infrastructures publiques nécessaires, notamment en
matière de stockage et de transport. Quant aux données sensibles, il s’agit
d’une définition contenue dans la LIPAD, même si elle ne règle pas toutes les
questions. On trouve dans les données sensibles les données biométriques ou
certaines données médicales, par exemple. M. Baujard ajoute que les cantons
et la Confédération définissent quatre niveaux de catégories de données :
publiques, non publiques, confidentielles, secrètes. Cette classification permet
de déterminer le niveau de sécurisation de l’infrastructure.
Des commissaires (MCG) s’intéressent à la valorisation des acteurs locaux
et demandent des précisions quant à la collaboration avec le Centre
universitaire d’informatique (CUI) et la Ville de Genève. M. Barclay explique
que le CUI est un centre interfacultaire regroupant un ensemble de professeurs
travaillant sur cette thématique. L’Université de Genève a une autonomie
organisationnelle à cet égard. L’une des études évoquées lors de l’audition a
été confiée à l’Université de Genève, mais aucun des trois chercheurs mandatés

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n’est rattaché au CUI. M. Barclay affirme que le CUI est précieux. S’agissant
des communes, il évoque des tensions quant aux niveaux de responsabilité, car
la constitution ne demande pas une souveraineté numérique cantonale, mais
seulement que Genève contribue à la souveraineté numérique de la Suisse et à
sa mise en œuvre. Il estime que Genève et d’autres cantons ont activement
cherché à avancer la vision latine sur ces questions qui touchent l’ensemble du
pays. Le premier sujet de discussion dans ce contexte était la problématique
technique du « cloud », mais les enjeux de sensibilisation du public ont
également été évoqués. La Confédération travaillait déjà sur ces questions,
mais les cantons latins ont demandé au Conseil fédéral que les débats soient
ouverts à l’ensemble des cantons. Les communes sont au plus proche de la
population et sont les mieux placées pour réaliser l’inclusion numérique, et le
canton soutient leurs projets. La Ville de Genève a justement élaboré un projet
pilote de permanences publiques que le canton soutient.
Discussion interne et vote
Des commissaires (S) voient dans cette motion l’envie de préciser et de
rendre transparentes les intentions du canton dans le domaine de la
souveraineté numérique. Le but était de communiquer ces intentions à la
population. L’audition qui vient de s’achever contient les informations
demandées par la motion. Le rapport de la commission devrait ainsi suffire à
en remplir les objectifs.
Des commissaires (Ve) abondent dans ce sens.
La présidence soumet au vote la M 3052 :
Oui :

Non :
5 (1 S, 1 Ve, 2 PLR, 1 LJS)
Abstentions : 3 (1 LC, 1 MCG, 1 UDC)
La motion M 3052 est refusée.
Des commissaires (PLR) demandent un traitement en catégorie IV. Faute
d’unanimité, cette motion sera traitée en catégorie de débat III.
Conclusion
Si tel était l’objet du vote, il y a fort à parier qu’une large majorité de la
commission aurait exprimé son adhésion aux principes qui sous-tendent cette
motion. Cependant, compte tenu du cadre légal actuel et des informations
transmises par le Conseil d’Etat et l’administration cantonale, il semble évident

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que l’adoption de la présente motion ne permettrait pas d’obtenir de meilleurs
résultats que ceux produits pas son seul examen devant la commission.
La publication du présent rapport, dans la mesure où il contient des
informations intéressantes et complètes sur la stratégie adoptée tant par l’Etat
de Genève que par la Confédération, répond déjà à une partie des demandes de
la motion. En revanche, s’agissant de la volonté de favoriser des entreprises
locales pour l’infrastructure numérique du canton, une motion ne permettrait
pas de s’affranchir des règles applicables aux marchés publics. Un projet de loi
serait nécessaire, sachant toutefois que ces règles sont également contenues
dans le droit supérieur intercantonal, fédéral et international.
Pour toutes ces raisons, une majorité incontestée de la commission vous
recommande de rejeter cette motion, tout en remerciant ses auteurs d’avoir
permis, par le dépôt de ce texte, de mettre en lumière l’excellent travail réalisé
par l’Etat dans le domaine de la souveraineté numérique.

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ANNEXE
L’OCSIN | Département des institutions et du numérique

10.01.2025

Mise en œuvre des droits fondamentaux
numériques et réflexion sur le Cloud souverain
Vers une souveraineté numérique équilibrée et innovante.

Agenda

• Mise e n œ uvre d e s d roit s fond a me nt a ux numé riq ue s
• Le Cloud souve ra in : cont e xt e e t e nje ux
• St ra t é g ie na t iona le e t mise e n œ uvre
• Ap p roche ca nt ona le e t a lt e rna t ive s
• Ca d re jurid iq ue
• P e rsp e ct ive s e t p rocha ine s é t a p e s

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Mise en œuvre des droits fondamentaux
numériques
Évolutions du cadre législatif

• Int rod uct ion d e l'int é g rit é numé riq ue d a ns la Const it ut ion comme d roit fond a me nt a l
• Ré vision ma je ure d e la LIP AD :




Ad a p t a t ion a ux a va ncé e s t e chnolog iq ue s
Nouve lle s ob lig a t ions p our le s colle ct ivit é s p ub liq ue s
Disp osit ions sp é cifiq ue s sur la conse rvat ion e t l'e ffa ce me nt d e s d onné e s

• LAEL : Ga ra nt ie d 'a ccè s p hysiq ue a ux p re st a t ions p a ra llè le me nt a ux se rvice s numé riq ue s

Actions concrètes et gouvernance

• Dé finit ion op é ra t ionne lle d e la souve ra ine t é numé riq ue p a r la Confé re nce La t ine d e s
Dire ct e urs Numé riq ue (CLDN)
• Mise e n p la ce d 'un p roce ssus d 'é va lua t ion syst é ma t iq ue d e s cont ra t s fournisse urs
• Cont rôle re nforcé d e s t ra nsfe rt s d e d onné e s à l'é t ra ng e r
• Dé ve lop p e me nt d e p a rt e na ria t s st ra t é g iq ue s :



Colla b ora t ion a ct ive a ve c la Ville d e Ge nè ve
Sout ie n fina ncie r a ux p roje t s innova nt s

Le Cloud souverain : contexte et enjeux
Défis de la transformation numérique






Aug me nt a t ion d e la d é p e nd a nce a ux infra st ruct ure s numé riq ue s
Né ce ssit é d e g a ra nt ir la cont inuit é d e s se rvice s p ub lics
Enje ux d e l'a ut onomie t e chnolog iq ue e t d é cisionne lle
P rot e ct ion d e s d onné e s cit oye nne s
Ma int ie n d e la confia nce p ub liq ue

Études pluridisciplinaires

• Ét ud e t e chniq ue (AWK) :



Éva lua t ion d e s op p ort unit é s d 'un Cloud souve ra in
Ana lyse d e s a rchit e ct ure s p ossib le s




Dé finit ion d u conce p t d e souve ra ine t é numé riq ue
Imp lica t ions socio- é conomiq ue s




Ana lyse d e s e nje ux é t hiq ue s
Re comma nd a t ions p our une a p p roche re sp onsa b le

• Ét ud e jurid iq ue e t socio- é conomiq ue (Unive rsit é d e Ge nè ve ) :
• Ét ud e é t hiq ue (Et hix) :

Résultats clés

• Dé finit ion d e la souve ra ine t é numé riq ue : "Ca p a cit é d e s a ut orit é s à ma int e nir le ur a ut onomie st ra t é g iq ue d a ns
l'ut ilisa t ion e t le cont rôle d e s b ie ns numé riq ue s imp a ct a nt l'é conomie , la socié t é e t la d é mocra t ie "
• Id e nt ifica t ion d e s a xe s p riorit a ire s
• Re comma nd a t ions p our la mise e n œ uvre

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M 3052-A

Stratégie nationale et mise en œuvre
Swiss Government Cloud (SGC)

• P rog ra mme na t iona l 20 25- 20 3 2
• Bud g e t : 3 19 ,4 millions CHF
• Archit e ct ure hyb rid e mult i- cloud à t rois p ilie rs :


Cloud p ub lic :



Cloud p ub lic on- p re mise :



Cloud p rivé on- p re mise :





Évolut ivit é ma xima le
Se rvice s innova nt s
St ocka g e d e s d onné e s e n Suisse ob lig a t oire




Solut ions d e fournisse urs d a ns le s ce nt re s d e ca lcul fé d é ra ux
Cont rôle a ccru sur l'infra st ruct ure





Exp loit a t ion e xclusive d a ns le ré se a u fé d é ra l
Tra it e me nt d e s d onné e s se nsib le s
Nive a u ma xima l d e sé curit é

Avantages de l'approche fédérale






Éq uilib re e nt re p rot e ct ion d e s d onné e s e t innova t ion
Mut ua lisa t ion d e s re ssource s
Économie s d 'é che lle
Acce ssib ilit é p our le s colle ct ivit é s p ub liq ue s
Exclusion d u se ct e ur p rivé p our ma int e nir le cont rôle

Approche cantonale et alternatives
Stratégie OCSIN

• Dé ve lop p e me nt p rog re ssif d 'une infra st ruct ure Cloud hyb rid e :




Cloud p rivé p our le s se rvice s crit iq ue s
Ut ilisa t ion cib lé e d u Cloud p ub lic
P ré p a ra t ion à l'int é g ra t ion SGC

Convergence avec les Entités Publiques Autonomes
• Consult a t ion a p p rofond ie d e s EP A
• St ra t é g ie hyb rid e commune :




Exp loit a t ion d e s Cloud s p ub lics p our l'innova t ion
Ma int ie n d 'infra st ruct ure s p rivé e s p our le s d onné e s se nsib le s
Ap p roche p ra g ma t iq ue e t é q uilib ré e

Alternatives open source

• Ana lyse syst é ma t iq ue d e s solut ions a lt e rna t ive s
• Crit è re s d 'é va lua t ion :




Orig ine d e s cont rib ut ions (3 0 - 50 % p rivé e s)
Qua lit é e t sé curit é d e s solut ions
Comp a t ib ilit é a ve c le s e xig e nce s d e souve ra ine t é

• P a rt icip a t ion a u p roje t "Se cond Source " d e l'ANS
• P ub lica t ion d u cod e d é ve lop p é e n int e rne

M 3052-A

Cadre juridique

Protection des données
Conformité avec multiples cadres réglementaires
• LP D (nive a u fé d é ra l)
• LIP AD e t RIP AD (nive a u ca nt ona l)
• Swiss- US Da t a P riva cy Fra me work (20 24 )

Enjeux spécifiques





Comp a t ib ilit é a ve c FISA (Fore ig n Int e llig e nce Surve illa nce Act )
Imp a ct d e s Exe cut ive Ord e rs 14 0 8 6 e t 123 3 3
Va lid a t ion jurid iq ue p a r ca b ine t sp é cia lisé
Sup e rvision p a r le P P DT

Cadre juridique
Marchés publics

Cadre juridique multiniveau
• Accord s int e rna t iona ux
• Lé g isla t ion fé d é ra le
• AIMP
Principes fondamentaux
• Non- d iscrimina t ion
• Concurre nce e ffica ce
• Tra nsp a re nce
• Ut ilisa t ion op t ima le d e s re ssource s
Critères d'évaluation
• P rix (20 - 4 0 %)
• Ad é q ua t ion t e chniq ue (50 - 6 0 %)
• Ré fé re nce s (10 %)
• Exp é rie nce (5- 10 %)

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M 3052-A

Perspectives et prochaines étapes
Opportunités





Conve rg e nce d e s init ia t ive s ca nt ona le s e t fé d é ra le s
Mut ua lisa t ion d e s re ssource s
P ré se rva t ion d e l'a ut onomie loca le
Op t imisa t ion d e s inve st isse me nt s p ub lics

Actions futures





Ext e nsion d e s consult a t ions int e rca nt ona le s
Dé ve lop p e me nt d e s syne rg ie s
Re nforce me nt d e la cohé re nce d e s a p p roche s
Int é g ra t ion p rog re ssive a u SGC

Facteurs clés de succès






Éq uilib re e nt re innova t ion e t souve ra ine t é
Re sp e ct d u ca d re jurid iq ue
Ap p roche colla b ora t ive
Fle xib ilit é e t a d a p t a b ilit é
Ma ît rise d e s coût s

Merci de
votre attention

Olivier Baujard